50e Congrès CGT – Toulouse 18-22 mars 2013

Publié le 12 avril 2013

Interview de Bernard Thibault dans Ensemble

Les enjeux du 50e congrs

Bernard Thibault, le secrtaire gnral de la CGT expose les enjeux du 50e congrs confdral, qui se tiendra Toulouse du 18 au 22 mars 2013. Cest alors quil passera la main.

Dans quel contexte se droulera le 50e congrs de la CGT ?

Le contexte est lourd pour tous les syndicats, en France comme ailleurs. La crise conomique est globale, ce qui ne signifie pas que nous soyons dpourvus de solutions pour sortir de cette spirale de rgression sociale. En 2012, une volont de changement sest exprime dans notre pays loccasion de llection prsidentielle. La CGT a jou son rle dans cette squence. Il ne sagissait pas seulement de changer un homme ou une quipe, mais bien une politique. De ce point de vue, il faut reconnatre quil existe une certaine insatisfaction aujourdhui. Le gouvernement reste bien trop sensible aux sirnes patronales sur les plans conomique, fiscal et mme social. En mme temps, il existe de srieux lments de confiance pour la CGT. Les salaris des petites entreprises viennent de sexprimer pour la premire fois aux lections professionnelles.Malgr toutes les difficults rencontres pour le vote, et la responsabilit des pouvoirs publics est engage cet gard, 465 000 personnes ont particip au scrutin en plaant la CGT trs largement en tte avec prs de 30 % des voix. Cest la preuve que linfluence de notre organisation ne se cantonne pas aux grandes entreprises, dans la fonction publique ou dans les entreprises publiques, comme certains aiment le dire. Le message des salaris des petites entreprises est trs important au moment o nous sommes confronts des choix lourds de consquences sur le droit du travail, la protection sociale, les retraites. Autre lment de confiance, le niveau de syndicalisation : nos effectifs sont en hausse constante depuis plusieurs annes. Une hausse modre, certes, mais cest un rel progrs.

Nous sommes dans la phase de prparation du congrs. Comment les choses se prsentent-elles ?

Un congrs de la CGT nest surtout pas une grand-messe. La phase prparatoire est importante, peut-tre plus importante que le congrs lui-mme. Il nous faut crer les conditions pour associer le plus grand nombre de syndiqus la rflexion sur lorganisation dont nous avons besoin, ses ambitions, sa dmarche, etc. Pour cela, nous disposons de diffrents supports : les documents de congrs ont t envoys dans les syndicats, il existe un site Internet ddi au 50e congrs et nous organisons sept forums thmatiques nationaux dans les rgions. Je pense quil existe un assez large accord sur les positions de lorganisation dans nos rangs, mais il faut absolument que nous prenions du temps pour dterminer ce quil convient de faire ensemble pour tre plus efficace. Lefficacit dune organisation comme la ntre dpend beaucoup du nombre de ses adhrents.
Je pense que notre organisation a des capacits de dveloppement que nous sous-estimons souvent. Il est essentiel de gagner cette bataille de la syndicalisation, car nous savons bien quil ne suffit pas dtre fort dans son entreprise pour gagner, mais quil faut ltre partout.

Ce congrs sera galement loccasion, et ce nest pas banal, dlire un nouveau secrtaire gnral. Quel bilan tires-tu de tes quatorze annes passes la tte de la CGT ?

Par principe, je ne mestime pas le mieux plac pour parler du bilan. Je laisse le soin aux organisations et aux adhrents de le faire. Le rle du secrtaire gnral est certes singulier, mais le bilan est dabord celui dune quipe, il est donc collectif.

Quel regard portes-tu alors sur notre CGT lorsque tu jettes un il dans le rtroviseur ?

Je dirais que la CGT dans sa globalit a un dfaut, que jvoquais linstant et qui nexistait peut-tre pas auparavant, une forme de complexe lgard
de son potentiel rel qui est sous-estim. On sinterroge aussi parfois dans
nos rangs sur des sujets qui ne posent aucun problme chez les salaris. Je pense par exemple aux craintes que nous nourrissons exagrment sur
la question de lidentit de notre CGT. Lidentit de la CGT est historiquement ancre dans la socit franaise et elle nest pas menace. Ne soyons donc pas frileux pour innover dans nos formes dorganisation et dans les formes de lutte quand la situation lexige. Pendant ces quatorze annes, videmment, la CGT a chang. La rotation de ses responsables a sans doute t plus importante que par le pass et cest plutt bien ainsi. Surtout, je crois que notre organisation a renforc sa capacit accueillir des adhrents de diffrents horizons, de diffrentes sensibilits. Cest un bien prcieux quil nous faut absolument conforter.

Quels enseignements tinspire ton exprience unique maints gards quant lavenir du syndicalisme ?

Il ny a pas davenir garanti, mais il ny a pas de disparition programme du fait syndical non plus. Cest un combat en soi. On a vu des syndicats la tte
de mouvements sociaux jouer des rles importants dans un certain nombre de pays, je pense en particulier aux rvolutions arabes notamment en Tunisie, mais aussi des pays dAmrique du Sud. Mais on voit aussi des mouvements qui sorganisent sous une autre forme que celle de lengagement syndical, parfois aussi parce que le mouvement syndical apparat dficient.
Lexprience montre que le succs est subordonn lexistence de forces organises dans la dure et de manire transversale dans la socit, je dirai interprofessionnelle pour les syndicats. Je pense aussi que lefficacit du combat syndical, sa capacit dfendre la communaut des intrts des salaris en sachant prserver leur unit, les valeurs que porte tout particulirement la CGT, tout cela constitue un obstacle de taille aux forces politiques qui gagnent du terrain en Europe et qui reposent sur la culture du nationalisme, du racisme, de lantismitisme voire du fascisme.
Lorganisation des salaris en syndicats est une barrire contre lobscurantisme et lhistoire de notre continent a montr que les crises et la dsesprance sociale pouvaient conduire au pire des scnarios.

Entretien ralis par Laurent Mossino, rdacteur en chef d’Ensemble, le mensuel des adhrents de la CGT

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