50e Congrès CGT – Toulouse 18-22 mars 2013

Publié le 19 mars 2013

2-5 mars 1936

Les chemins de lunit et le congrs de Toulouse

Le congrs convoqu Toulouse du 2 au 5 mars 1936 boucle le processus des discussions engages entre la CGT et la CGTU depuis le mois doctobre 1934. Au terme du congrs, la CGT, divise en deux tronons depuis 1922, reconstitue son unit organique.

Lvnement que reprsente la reformation dune CGT unique intervient deux mois peine avant la victoire lectorale du Front populaire et trois mois avant le dclenchement des vagues grvistes de juin-juillet. Le caractre tardif de la ralisation de lunit syndicale prend sa source dans les situations et contradictions qui ont marqu les deux annes prcdentes au cours desquelles lunion politique a avanc plus vite que lunion syndicale.

Unit politique et unit syndicale

La manifestation meutire des ligues dextrme droite du 6 fvrier 1934 a non seulement provoqu la ncessit dune rponse urgente, mais a dplac laxe des orientations antrieures de la Confdration gnrale du travail. Celle-ci, mobilise jusqualors autour de la promotion de son plan conomique, dplace son orientation vers une ligne de dfense des institutions dmocratiques, alors que la CGTU, qui dnonce les illusions rformistes du plan confdr, appelle raliser le  ?front unique proltarien ? sur une base strictement anticapitaliste et renvoie dos dos  ?la dmocratie qui se fascise et les fascistes.

Dans lordre politique, lInternationale communiste et sa section franaise, le PCF, effectuent cette poque un tournant thorique sur la base dune approche antifasciste de la priode. Le 30 mai 1934 le Parti communiste propose un pacte dunit daction la SFIO, qui en accepte le principe. Le Pacte est sign le 27 juillet.
Rien de semblable ne se produit sur le plan syndical. Une proposition daction commune adresse le 7 juin par la CGTU la CGT est ignore par celle-ci et la CGT, un moment mobilise dans laction antifasciste, redploie son activit sous ses orientations anciennes : elle considre quil ne suffit pas de dfendre les liberts dmocratiques et la Rpublique et quil faut reprsenter lconomie dans ltat.

Lunit syndicale est dclare ncessaire mais ne peut se raliser que sous une forme organique et tre, de surcrot, subordonne celle des partis.
Dbut octobre 1934, le Parti communiste appelle constituer un Front populaire  ?pour le pain, la paix, la libert ?. Dans lordre syndical, dans la mme priode, la CGTU propose la CGT de fusionner les syndicats la base et de convoquer un congrs dunification. La fdration CGT des services publics exige pour sa part une prise de contact immdiate entre les deux CCN en vue dun accord de fusion.
Le 9 octobre 1934, une rencontre se droule sur cette base, mais la CGT refuse tout dbat sur lunit daction ou sur un quelconque programme et les discussions ne se droulent en consquence que sur les questions de lunit organique, la CGT souhaitant la suppression pure et simple de la CGTU. Ce processus sinstalle donc rebours de ce qui sest opr sur le terrain politique et sinterrompt dautant plus rapidement quen novembre, le gouvernement de centre droit dirig par Pierre-Etienne Flandin se dclare  ?rsolu dfendre la Rpublique contre toutes les entreprises de rvolution et de dictature ?. Cette fermet affiche encourage les courants socialistes hostiles lunit avec les communistes et conforte la CGT dans son recentrage.

Sur le plan politique, le processus unitaire marque le pas : socialistes et radicaux rejettent la proposition de cration dun Front populaire. Dans le champ syndical, les travailleurs des services publics confdrs prennent, le 2 dcembre 1934, une initiative douverture en proposant la fusion des fdrations et des unions dpartementales et la runion dun congrs de fusion sur la base du respect de lindpendance du syndicalisme. Initiative aussitt salue par la CGTU qui propose aux confdrs de reprendre les discussions sur ces bases. Le 25 janvier 1935 deux dlgations se rencontrent, sans rsultat.

Une nouvelle fois la conjoncture politique va prcipiter le cours des choses. Le 30 mai 1935, le cabinet Flandin tombe. Un gouvernement dirig par Pierre Laval lui succde. Les ligues redressent la tte. Le 8 juin, linitiative du comit Amsterdam-Pleyel, des militants socialistes, syndicalistes et radicaux proposent de transformer le 14 juillet en une  ?grandiose concentration antifasciste ?. Rassemblant les communistes, les unitaires et de nombreuses organisations comme la Ligue des droits de lHomme, un comit national de lutte contre le fascisme est constitu le
17 juin qui comprend aussi les socialistes et les radicaux. Dabord hsitants, les confdrs ne peuvent que suivre et cest dans ce contexte nouveau que les discussions CGT-CGTU reprennent le 27 juin.

Les questions abordes tmoignent de fortes volutions par rapport aux squences prcdentes. Ainsi Benot Frachon propose de renvoyer au congrs la question de laffiliation internationale et les unitaires font un pas vers la reconnaissance de lindpendance syndicale en dclarant renoncer aux fractions syndicales tout en se refusant tout engagement concernant lactivit propre du Parti communiste.
Encore une fois, la situation gnrale va peser en faveur dun accord. Au lendemain du 14 juillet 1935, le comit dorganisation de la manifestation se transforme en un Rassemblement populaire fermement dcid poursuivre laction antifasciste du comit et laborer un programme. Lunion des gauches est dsormais rendue possible. De son ct, le gouvernement Laval sengage ds juillet dans la mise en uvre dune politique dflationniste qui se traduit notamment par une baisse significative du traitement des fonctionnaires et par des mesures autoritaires sur les prix et les loyers.

Lors de la reprise des ngociations CGT-CGTU, le 24 juillet, les deux dlgations adoptent un texte de principe proclamant lindpendance des syndicats tout en acceptant le principe de  ?collaborations momentanes avec les partis, si les circonstances lexigent(1). La voie vers lunit est dsormais dgage(2) et en septembre le dbat sengage enfin sur les modalits concrtes dorganisation du congrs dunification, fix en mars 1935.

Le 24 septembre, les congrs de la CGT et de la CGTU simultanment runis considrent que les conditions de la runification existent dsormais. Lors dune sance commune une commission permanente charge dapporter des rponses aux questions encore litigieuses est lue : fractions, compatibilit des mandats politiques et syndicaux, mode dlection des organismes confdraux, affiliation internationale.

Un CCN se runira pour dsigner un bureau confdral provisoire et dcider de la date et de lordre du jour du congrs. Ce CCN dunit qui se runit le 28 janvier 1936 regroupe 135 organisations (47 fdrations et 88 unions dpartementales). Il dsigne un bureau provisoire de huit membres compos de six confdrs (Lon Jouhaux, Ren Belin, Robert Bothereau, Raymond Bouyer, Georges Buisson, Flix Dupont) et de deux unitaires (Benot Frachon, Julien Racamond), qui sera reconduit Toulouse.
la veille de la runion du congrs dunit toutes les unions dpartementales et presque toutes les fdrations(3) ont fusionn. Chaque syndiqu a reu une carte unique pour 1936.

Les confdrs s’affirment majoritaires

Du 2 au 5 mars, ce que lon appelle dsormais  ?le congrs dunit , se runit Toulouse au Parc des sports. Mille sept cent neuf dlgus reprsentant trois mille six cents quatre-vingt-neuf syndicats le composent. Deux points figurent son ordre du jour : les structures de la CGT (ses statuts) et laction confdrale. Rapidement les confdrs saffirment largement majoritaires. Leurs thses lemportent par 67 ?% des mandats sur la structure confdrale, 68 ?% sur les incompatibilits syndicales et politiques, 61 ?% sur laffiliation internationale la FSI.
Sagissant de laction, les confdrs peinent convaincre de la supriorit du plan de la CGT sur le programme du Rassemblement populaire et lunit du congrs ne se ralise quen dclarant les deux textes complmentaires.
Moment dcisif, de haut symbolisme, le congrs livre cependant des rsultats prcaires. Les unitaires ont jou fond la carte de lunit au prix dimportantes concessions. Ils savent que la dominante de la priode politique se situe sur le terrain de lantifascisme et que la ligne de mobilisation antifasciste seffectuera sur une base revendicative excluant les  ?rformes de structures prconises par la CGT.
Trois mois peine vont scouler avant que ne se dclenchent les grandes grves du printemps et de lt qui installent, du moins le croit-on, une dynamique politique de grande et longue porte.

Andr Narritsens

1) Ce texte est promis une belle clbrit : il forme le prambule des statuts adopts lors du congrs dunit et figure aujourdhui encore en ouverture des statuts de la CGT.
2) La Confdration franaise des travailleurs chrtiens (CFTC), sollicite pour rejoindre la dmarche dunit organique refuse le 20 octobre cette perspective.
3) Font exception les mtaux et le btiment.

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