50e Congrès CGT – Toulouse 18-22 mars 2013

Publié le 3 avril 2013

Ouverture du congrs

Discours d’introduction de Thierry Lepaon

Cest pour moi un honneur, un plaisir, mais aussi une grande responsabilit douvrir le 50me Congrs de la CGT Toulouse.
Toulouse, qui a accueilli, au congrs corporatif de 1897, les dbuts fragiles et balbutiants dune toute jeune CGT compose de 264 syndicats. En 1936, le congrs de lunit se tient galement Toulouse, comme vient de le rappeler Gisle Vidallet. Cest un vnement important de lhistoire syndicale de notre pays.

Le chemin de lunit entre CGT et CGTU est difficile. A lpoque, les dsaccords se focalisent sur le rapport du syndicalisme aux partis politiques, son affiliation internationale et les statuts de la nouvelle confdration. Cest la lutte contre la monte du fascisme qui va acclrer le rapprochement entre la CGT et la CGTU.
Aujourdhui, notre 50me Congrs, votre 50me Congrs, souvre avec une CGT solidaire, rassemble, riche de vos diversits et de son histoire plus que centenaire. Une CGT, la fois interprofessionnelle et ancre dans les territoires.
La journe internationale dhier a t un moment trs fort de fraternit avec les travailleurs et les peuples de tous les pays. Je salue nouveau en votre nom trs chaleureusement les nombreuses dlgations syndicales trangres prsentes notre congrs.
Je voudrais remercier galement tous les camarades qui ont permis la tenue de ce congrs dans dexcellentes conditions, comme vous pouvez le constater.

Nous sommes confdrs pour lutter contre les corporatismes, la division et lclatement du salariat et construire lunit des salaris. La solidarit et la fraternit sont pour nous des valeurs fondatrices. Notre internationalisme, notre engagement dans les luttes europennes sont des rponses toutes les tentatives de repli identitaire. Nous savons quil ny a pas de fatalit, que les hommes et les femmes font lhistoire, eux et eux seuls construisent leur avenir.
Cest cette constance sur le long terme, cette capacit vivre au rythme de la socit, sentir et en tre le reflet mais aussi impulser, anticiper, donner le ton et le rythme par laction, qui a permis notre rayonnement et notre influence, y compris au niveau international. Cest probablement cette constance que les salaris reconnaissent. C’est aussi pour cette raison qu’ils nous font confiance.
La situation conomique, politique et sociale en France, en Europe et dans le monde, est complexe et dgrade. Les ingalits explosent et sont le moteur de la crise. Mais nous disposons aussi dlments de confiance qui nous permettent dtre offensifs : la progression des effectifs syndiqus de la CGT depuis cinq annes conscutives, plus de femmes, de jeunes et de salaris du priv dans les nouvelles adhsions, des rsultats aux lections professionnelles qui font progresser la CGT dans un certain nombre de secteurs, et qui viennent de la mettre loin devant, comme premire organisation syndicale lors des lections des TPE.
Mais nous avons aussi des dfis relever, pour faire grandir le rapport de forces en faveur des salaris, des privs demplois et des retraits, dans le mouvement social.
Notre dmarche syndicale, appuye sur les syndiqus, doit permettre lintervention des salaris toutes les tapes de construction des revendications partir des repres de la CGT, construits collectivement. Loriginalit de la CGT, cest darticuler en permanence, contestation, propositions, consultation, mobilisation, ngociation. Avec nos syndiqus, nous voulons sortir de la dfensive et de la rsistance, auxquelles le patronat souhaiterait nous acculer. Car pour sopposer efficacement aux projets nfastes du patronat, il est indispensable dlaborer des alternatives concrtes, qui mobilisent les salaris parce quelles ouvrent de relles perspectives de progrs.
Pendant cinq jours, ensemble, nous allons changer nos expriences, dbattre, confronter nos analyses, ouvrir des perspectives pour lavenir. Il va nous falloir aussi affronter nos difficults, en toute transparence et en toute honntet, pour mieux les rsoudre collectivement.
Dlgu-es par vos syndicats, vous allez dcider de nos orientations, de notre stratgie syndicale, et lire la direction confdrale. Nous allons prendre des rsolutions que la direction confdrale lue aura la responsabilit de mettre en uvre, et qui vont structurer notre plan de travail confdral pour les trois ans qui viennent. Et vous avez disposition nos repres revendicatifs, qui ont t vots par le Comit Confdral National.
Nos discussions seront alimentes par les nombreux dbats qui ont eu lieu dans les 7 Forums de prparation de notre congrs, Toulouse, Marseille, Caen, Nancy, Paris, Lille et Grenoble. 2 300 militants y ont particip, ont fait part de leurs questionnements, leurs expriences, leurs convictions, et ont amorc de nouvelles pistes de rflexion.
Nen doutons pas, le 50me Congrs de la CGT va faire et fait dj vnement dans le paysage social.
Cest aussi un moment dmocratique important de la vie de notre organisation.
Premier fait marquant de ce congrs, cest la proportion de 45% de femmes dlgues. Elles taient 35% au 49me Congrs, bien moins encore dans les congrs prcdents. Cest donc un progrs majeur pour notre organisation. Avec la parit dans les instances confdrales, la CGT, le 8 mars cest toute lanne !
Cette forte prsence fminine dans le congrs, cest surtout le signe dune CGT en pleine volution, bien en phase avec la ralit du salariat.
Autant dire tout de suite que celles et ceux qui veulent voir une CGT isole, archaque et replie sur elle-mme vont en tre pour leurs frais !
Dlgu-e-s par vos syndicats, vous tes porteuses et porteurs dune analyse et dexpriences collectives qui font la force de notre organisation. Mais vous tes aussi et avant tout des salari-es, venu-es avec vos identits professionnelles, ouvriers, cadres, techniciens, chercheurs, employs, vos savoir -faire et votre environnement de travail. Comme tous les salaris, vous voulez faire un travail de qualit, tre reconnus dans votre travail et lui donner un sens social.
Nous avons une urgence : transformer le travail pour le librer des entraves quil subit, et lui redonner toute sa force mancipatrice. Il sagit pour nous de le transformer dans toutes ses dimensions, avec une autre rpartition des richesses et un nouveau mode de production pour un dveloppement humain durable. Cest cela le sens de notre projet syndical de conqute. Entrer par la question du travail dans notre rapport aux salaris et notre construction revendicative, est un des axes majeurs des orientations que nous mettons en dbat.
Notre objectif est la fois simple et ambitieux : rassembler les salaris, l o ils sont, comme ils sont, avec leurs ralits et leurs aspirations, leurs qualits et leurs dfauts. Et cest nous de nous adapter pour couter ce quils ont nous dire et construire avec eux leurs revendications, pour leur permettre dintervenir sur leur quotidien de travail et participer la transformation de la socit. Nous avons lambition que notre CGT soit utile, accessible, solidaire pour les salaris, les privs demploi, disponible pour les retraits, ouverte sur la socit, et donc efficace.
Ensemble, nous voulons construire un avenir meilleur, et cest le sens de notre congrs.
La situation conomique et sociale en France, en Europe et dans le monde
Lanne 2013 est annonce comme une anne noire pour lemploi en France, o prs de 2 000 entreprises sont recenses en difficult. Et mme certains dfenseurs les plus zls de lAccord du 11 janvier, prdisent que celui- ci ne modifiera pas fondamentalement les causes des difficults rencontres par les entreprises.
En Europe, le chmage de masse bat des records. Il y a maintenant 28 millions de chmeurs. Les jeunes paient un lourd tribut la crise. En Espagne, 55% des moins de 25 ans sont au chmage. La Grce, l’Espagne, lItalie, le Portugal sont redevenus des terres d’migration des jeunes. En France, un jeune sur quatre est au chmage et il faut attendre 29 ans en moyenne pour avoir son premier CDI, et 31 ans pour un CDI temps plein. Vivre dans une socit o lopinion publique mondiale pense que les gnrations futures vivront moins bien que les prcdentes, est intolrable. Cela, pendant que le systme financier mondial brasse des milliers de milliards deuros et de dollars dans la spculation financire et les paradis fiscaux.
Il est intolrable que des tats membres de lUnion Europenne soient conduits hypothquer lavenir, en rduisant drastiquement leurs services publics de sant ou dducation, pour satisfaire aux exigences de rduction des dpenses publiques fixes par le FMI, la BCE et la Commission Europenne. Cest ce qui se passe en Grce avec la troka. Ce choix de la rigueur et de laustrit obre durablement les chances dune reprise de la croissance.
En France, les ingalits sociales et salariales explosent, y compris au sein du salariat. Cette situation alimente la division et le dsespoir. Cest un handicap au rassemblement ncessaire des salaris, et leur mise en mouvement. Cest un terreau idal pour les forces et les partis politiques, prnant le repli identitaire sur des bases nationalistes ou communautaires.
En Italie, la cure daustrit inflige par un gouvernement de technocrates, et lincapacit du gouvernement Monti apporter des rponses concrtes la crise, dbouchent sur une priode dincertitude politique et de monte du populisme.
Dans la totalit des pays Europens, la crise est utilise comme une opportunit pour des rvisions rgressives des droits. Les contrats de travail atypiques se sont multiplis, par lextension des priodes de recours possibles au CDD et lintrim. Cest aussi la rvision du droit applicable aux licenciements : assouplissement du licenciement collectif ou seuils abaisss, nouvelles dfinitions du licenciement collectif, recours massif aux ruptures conventionnelles, rduction du cot des licenciements pour lemployeur.
Du ct des salaires et pensions, ceux-ci peuvent diminuer dans des proportions importantes selon les pays. Par exemple en Roumanie, les pensions et traitements des fonctionnaires ont baiss de 10 25%.
Les ges de dpart la retraite sont systmatiquement retards. En ce sens, le rtablissement trs partiel du droit la retraite 60 ans en France est une exception significative. Nous y sommes pour quelque chose.
Toutes ces politiques saccompagnent de remises en cause des liberts publiques dans plusieurs pays, comme en Hongrie, avec les atteintes la libert de la presse et les attaques contre le syndicalisme.
Pourtant, ici ou l dans le monde, dautres politiques sont bauches, se dessinent, dautres chemins sont partiellement tracs. Mme les Etats-Unis dAmrique, incarnation du capitalisme, exprimentent des politiques publiques qui, bien que notoirement insuffisantes, prennent contre-pied les rfrentiels idologiques du pays, mais aussi les choix oprs ici, en Europe : le premier mandat dObama, entam avec la crise, a vu lextension de laccs au systme de sant 15 millions damricains qui en taient privs. Depuis 2009, des reprsentants de lEtat sigent au Conseil dAdministration de General Motors, sauve par lintervention de lEtat fdral. Nos camarades de Florange nont pas eu cette chance !
Dans de nombreux pays, les peuples se sont levs, pour dire leur refus de modles qui sorganisent sans eux ou contre eux.
La CGT a partag avec la Confdration Europenne des Syndicats et la Confdration Syndicale Internationale, le souci de faire entendre le mouvement syndical europen et international dans le contexte de la crise. A leurs cts, elle a particip aux mobilisations globales, notamment celles dployes en Europe contre les politiques de rigueur et daustrit.
La CGT entend poursuivre sa participation active dans les Forums sociaux, dans le processus du sommet alternatif Europen, et dans les contre-sommets dploys lors des runions internationales, environnementales ou climatiques. Cela, tout en posant rgulirement la question des dbouchs concrets de ce type dinitiatives.
Enfin, nous sommes et resterons engags avec dtermination dans le soutien aux peuples dans leurs combats librateurs et mancipateurs.
Cest le sens de la rcente visite de Bernard Thibault en Palestine.
Les tmoignages entendus hier dans cette salle, propos du rle de la CGT et de son Secrtaire Gnral Bernard Thibault, sur la scne internationale, sont un encouragement poursuivre nos engagements.

Parce que lEurope a t le berceau historique du syndicalisme, le patronat europen est en pointe dans le combat contre les droits des salaris. Le dbat sur les lments possibles de sortie de crise est le terrain dune confrontation idologique aiguise entre politique daustrit et politique de relance, entre exigences des marchs financiers, et besoins des populations et des salaris.
Une nouvelle dynamique syndicale europenne, coordonne par la CES, se dveloppe, au-del dune simple expression de solidarit ou de juxtaposition des mobilisations nationales. Les mobilisations europennes de novembre, dcembre 2012, et mars 2013 donnent un nouveau souffle aux luttes. Elles dessinent les voies dun nouveau cap et dun contrat social europen, orient contre la crise, parce que bas sur la rponse aux besoins des salaris et des peuples.
En France, la mobilisation dans le cadre de cette dynamique europenne est plus difficile raliser, du fait du manque dunit syndicale, et des diffrences dapprciations sur la nature des rponses apporter la crise, mais jy reviendrai.

Pour la CGT en tout cas, cette nouvelle dgradation de lemploi, souligne lurgence dapporter des rponses diffrentes de celles qui ont t mises en uvre jusqu prsent. Laugmentation du chmage trouve son origine dans des salaires trop faibles, et une grande prcarit dans le travail. Les politiques de lemploi doivent donc tre repenses de fond en comble.
A cet gard, les attentes et les impatiences sociales sont grandes. La CGT a uvr pour sortir le gouvernement Sarkozy, porteur dune conception rtrograde de la socit, entirement au service de largent et de la finance. Le nouveau gouvernement est issu des lections de 2012 sur la base de ce rejet. Il peine aujourdhui convaincre les salaris sur le bien-fond de sa politique, et son sens de la justice sociale.
Dans un premier temps, le gouvernement Ayrault a pris certaines mesures positives, avec par exemple laugmentation de lallocation de rentre scolaire, labrogation de la circulaire Guant sur les tudiants trangers, la cration de postes dans lducation nationale. Linitiative du contrat de gnration va dans le bon sens, mme si elle est insuffisante.
Nous lobservons, les gouvernements Hollande et Sarkozy partagent la mme obsession : labaissement du cot du travail et la flexibilit, comme rponse aux problmes conomiques des entreprises. Sous la pression des marchs financiers, du patronat et du trait europen, le gouvernement actuel sinscrit dans une politique de rigueur et daustrit, qui constitue la toile de fond de toutes les rformes en cours ou annonces : laccord sur la scurisation de lemploi, le financement de la protection sociale, les retraites ou lassurance chmage, la dcentralisation.
Il va falloir que le gouvernement soit lcoute des salaris et de leurs organisations syndicales. Il va falloir aussi que les salaris interviennent massivement, et dans la dure. Pour cela, nous avons besoin de discuter avec les syndiqus et lensemble des salaris pour nous mettre daccord sur les contenus revendicatifs, sur le besoin de changement, et quel est le contenu du changement.

La journe nationale daction interprofessionnelle du 5 mars dernier lappel de la CGT et de FO avec le soutien de la FSU, Solidaires et des organisations de jeunesse a marqu une nouvelle tape sociale. Avec 175 manifestations rassemblant plus de 200 000 salaris actifs, retraits et privs demploi, elle constitue un vrai point dappui pour la suite.
Les salaris ont envoy un message clair au MEDEF et la majorit quils ont lue en 2012 : moins de droits pour les salaris, plus de libert de licencier pour les employeurs : cest non !
Cette premire journe daction est le dbut dun processus de mobilisation que nous devons faire grandir. Apprcions ce que la mobilisation du 5 mars a dj permis de faire bouger dans sa prparation : le nombre de dbats rendus ncessaires pour russir les rassemblements, des prises de position publiques de personnalits et associations de tous horizons, une certaine perplexit dans la majorit gouvernementale, et les fissures au sein des syndicats signataires.
Le 2 avril va souvrir le dbat parlementaire. Il ne peut se tenir sans lintervention des salaris. La CGT recherchera la plus grande unit syndicale possible, mais prendra ses responsabilits. Fort du dbat que nous avons eu lors de la dernire Commission Excutive Confdrale, je propose que le congrs dcide dune journe nationale daction dans la semaine du 2 au 5 avril, avec rassemblements lAssemble nationale et dans les territoires.

Comme pour la bataille contre le CPE, notre objectif est de faire basculer lopinion publique, en faisant percevoir la nocivit du projet de loi issu de laccord interprofessionnel du 11 janvier.
De rcents sondages illustrent une ralit contraste du rapport de force social.
Certes 62% des franais trouvent laccord globalement bon, mais ils ne sont que 6% estimer quil profite davantage aux salaris quaux employeurs, selon un dernier sondage BVA. Quant aux sympathisants de gauche, ils sont ne sont que 54% le considrer comme un bon accord, contre 70% des sympathisants de droite.
Selon le baromtre IFOP- cadres emplois, 65% des cadres refuseraient de changer de contrat de travail pour un CDI plus flexible, avec temps de travail et rmunrations variables. Mais dans le mme temps, ils considrent 70% que la souplesse introduite par la flexibilit du contrat de travail permettra de favoriser laccs lemploi.
Ces apprciations contradictoires nous donnent la mesure des explications et des dbats qui sont mener avec lensemble des salaris, sur la nature des problmes et donc des solutions y apporter. Nous devons dcider damplifier la bataille des ides auprs des salaris. Notre presse syndicale est un outil prcieux pour cela.
Mais la lutte contre le projet de loi sur la comptitivit des entreprises, si elle est ncessaire, ne rglera rien pour autant. Les salaris resteront dos au mur avec le chantage patronal au-dessus de la tte. Il nous faut donc aussi et surtout, ouvrir la perspective dalternatives permettant la fois de scuriser le contrat de travail des salaris, et de prenniser et dvelopper lactivit des entreprises.
Et la meilleure faon de rendre ces alternatives crdibles, est de les construire concrtement avec les salaris, en mettant leur disposition nos analyses, nos repres revendicatifs et nos pistes de rflexion.
Le patronat focalise le dbat sur le cot du travail , lequel serait trop lev en France. Dune richesse, ils en font un cot ! Ce discours vise culpabiliser les salaris, peser sur leurs revendications et imposer des reculs sociaux. Celui-ci nest pas propre la France. La Confdration Syndicale Internationale a montr quil trouvait place mme dans les pays trs bas salaires. Contrairement ce que prtendent le patronat et les libraux, ce nest ni le niveau des salaires, ni la protection sociale qui handicapent la France ; ce sont au contraire des atouts. La France souffre particulirement dun cot du capital qui ne cesse daugmenter ; elle souffre galement de la faiblesse et de linsuffisance des investissements dans la qualification des travailleurs, dans la recherche-dveloppement et linnovation.
Le discours patronal historique sur le cot du travail est totalement dmenti par les faits.
La rmunration du travail en France, y compris les cotisations sociales, se situe dans la moyenne des pays qui ont peu prs le mme niveau de dveloppement conomique et social. En revanche, la France se situe dans le peloton de tte, en ce qui concerne la productivit apparente du travail.
La part des salaires dans la valeur ajoute, a chut de 10 points au cours de la dcennie 1980 et se stabilise depuis, ce qui se traduit par une stagnation, voire une perte de pouvoir dachat des salaris.
En contrepartie, la part de la rmunration du capital dans les richesses cres par les salaris a considrablement augment. Ainsi, la part des dividendes verss aux actionnaires dans la valeur ajoute des socits non financires est passe de 5% au milieu des annes 1980 25% aujourdhui.
En focalisant le dbat sur le cot du travail, le patronat veut en fait empcher le vrai dbat, cest--dire le dbat sur le cot du capital.
Le cot du capital reprsente la somme des intrts verss aux cranciers (notamment les banques) et des dividendes verss aux actionnaires.
En 1950, ce cot du capital reprsentait 14% de la masse salariale, aujourdhui, il est quivalent la moiti de la masse salariale pour les socits non financires !
On voit bien que ce qui handicape la France, cest le cot du capital !
Le travail est source de la production des biens et services ncessaires pour rpondre aux besoins sociaux et conomiques. De largent en tant que tel ne cre pas de la valeur ajoute. Il en est de mme en ce qui concerne les machines, les quipements et les matires premires. Pour tre transforms en biens et services utiles, il faut du travail humain.
Le travail, travers lemploi et le salaire, est aussi source de revenus pour les individus, donc source de la demande adresse aux entreprises, laquelle est indispensable pour soutenir lactivit conomique.
Le travail est galement la source principale du financement de la Scurit sociale et de lEtat.
La dvalorisation du travail, la pression permanente sur les salaris et sur lemploi, les conditions de travail et les salaires, le dveloppement de la prcarit et des ingalits, sont lorigine des cercles vicieux qui ont conduit la crise conomique, financire et sociale qui svit dans le monde depuis 2008.
La sortie de crise ne peut passer que par la revalorisation du travail. Le dveloppement des emplois qualifis, stables et bien rmunrs, le respect de la parit femmes-hommes, de bonnes conditions de travail, sont ncessaires pour dynamiser lactivit conomique, renflouer les caisses de lEtat et de la Scurit sociale.
Revaloriser le travail passe par une premire urgence : augmenter les salaires en portant le salaire minimum 1700 euros, faire progresser les salaires des salaris qualifis et diplms, et augmenter les pensions.

Transformer le travail et construire un nouveau statut du travail salari
Notre ambition revendicative vise le progrs social permanent, articul autour de lamlioration du quotidien de travail et de vie des salaris et des retraits, et de la transformation sociale.
Cest le travail qui cre les richesses. Il doit servir au progrs de lhumanit. Cest bien comme cela que les salaris lentendent : ils veulent que leur travail ait un sens pour eux-mmes et pour les autres. La libert de choix, la matrise de sa vie et lmancipation, reposent sur lextension et la reconnaissance des potentialits et capacits humaines. Lducation, la sant et la culture en sont les conditions. Dvelopper les droits humains contribue au bien vivre ensemble, ce qui fait humanit.
Le dveloppement humain durable est le cadre de rfrence que nous avons choisi pour nos ambitions revendicatives : nous voulons donner un autre sens au dveloppement, en nous interrogeant sur les besoins humains, aujourdhui et demain.
La CGT a toujours parl du travail, nous sommes la Confdration Gnrale du Travail, mais il sagit aujourdhui de franchir un cap, en donnant une ralit concrte nos ambitions.
Pour cela, il nous faut investir en grand le travail avec les salaris, pour le transformer, le librer des entraves qu’il subit et lui redonner toute sa force mancipatrice.
Le document dorientation propose de faire du travail le point de dpart de notre dmarche de construction revendicative avec les salaris. Cela donnera plus de force aux luttes pour une autre politique salariale, base notamment sur la reconnaissance des qualifications, une meilleure protection sociale, de bonnes conditions de travail, mais aussi le plein emploi, la lutte contre toutes les prcarits et toutes les discriminations.
Gagner des crations de postes, requalifier un contrat prcaire en CDI, arracher une tude complmentaire, amliorer les conditions de travail sur un plateau daccueil tlphonique, ce sont autant de rsultats accessibles qui permettent douvrir des perspectives sur une autre faon de travailler et de produire. Partir du travail, nest-ce pas le meilleur moyen darticuler des perspectives revendicatives concrtes court terme, et des ambitions transformatrices plus long terme ?
Investir le travail, cest partir du travail rel, tel que les salaris le vivent, sans a-priori, en tant au plus prs de leurs aspirations. Le travail nest pas uniquement souffrance ou uniquement source dpanouissement, il est bien souvent les deux la fois.
Je profite de cet instant pour rendre hommage au sociologue Robert Castel, qui vient de disparatre, et qui a beaucoup contribu lanalyse du travail et de sa centralit dans la vie des femmes et des hommes.
Nous le savons, malgr les multiples causes dempchement bien travailler, les salaris restent engags dans leur travail, et cherchent des voies pour continuer bien faire leur travail. Les aspirations des salaris pouvoir sexprimer librement dans leur travail, faire un travail de qualit, voir leur travail reconnu et leurs conditions de travail amliores, sont, en soi, des leviers de transformation sociale. Toutes ces aspirations sopposent aux stratgies financires et managriales des entreprises qui sont la cause essentielle du mal travail et du chmage.
Nous devons dvelopper une stratgie syndicale et des outils, avec une approche ouverte qui redonne la parole aux femmes et aux hommes sur ce quils ont en commun, le travail.
La crise que nous vivons nest pas seulement conomique et sociale ; elle dtruit aussi le lien social et encourage les divisions et les antagonismes. Mais aucune avance sociale ne sest construite sur lopposition entre les salaris : salaris et chmeurs, CDI et prcaires, cadres et ouvriers, salaris franais et travailleurs migrants.
Agir sur le travail, cest aussi le moyen de retrouver de la solidarit entre les salaris, de jeter des ponts avec les proccupations des citoyens.
Nous voulons refonder les notions de collectif, de coopration, de solidarit, et la conception mme de l’entreprise. Le travail n’est pas simplement un labeur individuel, il met en relation avec le monde. Ainsi, par exemple, lors du Forum de Marseille, le compte-rendu dune exprience syndicale dans une maison de retraite a montr en quoi la mise en place dun cahier revendicatif autour du bien travailler a permis de fdrer les familles, les mdecins et les habitants du village.
La premire des souffrances sociales est dtre exclu-e du travail.
Aller la rencontre des millions de salaris pour reconqurir le plein emploi, la fiert, la dignit au travail, et les garanties pour faire du travail de qualit, doit donc devenir une priorit de notre activit.

Les adhrents de la CGT sont les meilleurs relais auprs de leurs collgues, pour dbattre et agir sur le travail. Mais encore faut-il que le syndicat en fasse sa priorit, organise lactivit des lus et mandats en fonction des proccupations des adhrents et des salaris, utilise les instances reprsentatives du personnel pour faire aboutir les revendications locales. Des syndicats, des fdrations, des unions dpartementales, mettent dj le travail et son valuation au cur de leur pratique syndicale. Partout o des exprimentations en ce sens ont t menes, elles ont permis aux salaris de mesurer concrtement lutilit du syndicat. Elles favorisent la syndicalisation, y compris des jeunes diplms et des cadres qui dcouvrent une CGT ouverte leurs proccupations, et pas seulement une CGT de lurgence sociale et du dernier recours.
Accueillir les jeunes et nouveaux salaris dans lentreprise, quels que soient leur statut et leur contrat de travail, en parlant avec eux de leur travail et en leur faisant connatre les droits qui sy rattachent, nest-ce pas la meilleure faon de leur faire dcouvrir la CGT ?
Cette dmarche demande linvestissement de tous les militants, de lopinitret, des ttonnements, des inventions, de lorganisation pour construire un plan de travail syndical et des outils. Il nous faut oser, changer nos expriences, et compter sur lintelligence et lexpertise des salaris.

Reconnatre la centralit du travail dans la vie des femmes et des hommes et dans la socit, ncessite de faire du statut du travail lui-mme, un enjeu de dveloppement.
Laccord interprofessionnel du 11 janvier dfinit un nouveau modle conomique et social port par le MEDEF. Selon Louis Gallois, auteur du Rapport sur la comptitivit des entreprises, cet accord sur lemploi est le plus important depuis 40 ans. Entendez : cest un accord qui remet en cause 40 ans de droit du travail en France ! Fin du principe de faveur, suprmatie de laccord dentreprise sur la loi, les conventions collectives, et mme sur le contrat de travail, accs au juge plus difficile, licenciements facilits, mobilits et baisse de salaire imposes.
A cette vritable guerre dclare contre les salaris, la CGT oppose la construction dun nouveau statut du travail salari qui permette de lier le dveloppement conomique durable, des droits sociaux de haut niveau.
Quen est-il ?
La logique patronale a conduit ce que les droits du salari-e dpendent de son emploi : la protection complmentaire, les droits lanciennet, la formation, la prvoyance. En fonction de son employeur, pour une mme qualification, on na pas la mme situation, ni les mmes droits selon que lon travaille dans une petite ou une grande entreprise, dans les services, lagriculture ou lindustrie, chez un donneur dordre ou un sous-traitant. Les droits sont galement diffrents selon la nature du contrat de travail, CDI, CDD, intrimaire ou portage salarial. Si la ou le salari-e perd son emploi par licenciement, dmission ou rupture conventionnelle, les compteurs sont remis zro.
Cest pour ces raisons que nous revendiquons un socle commun de droits individuels, transfrables, garantis collectivement, et opposables tout employeur, des droits interprofessionnels et indpendants du contrat de travail. Cela trace la voie dune transformation de la condition salariale, puisque ce nouveau contrat social vise lever les droits des salaris, au-dessus de leur lien de subordination lemployeur.
La construction de ce nouveau socle de droits, attachs la personne du salari et garantis collectivement, va aussi dans le sens des aspirations nouvelles du salariat, o les jeunes, cadres ou non, cherchent matriser leur parcours professionnel, indpendamment de lentreprise dans laquelle ils travaillent. Ainsi, selon une enqute rcente de linstitut BVA sur les jeunes et lentreprise, 53% dentre eux estiment, malgr la crise et la conjoncture conomique, que leur volution de carrire sera le fruit de vritables choix de leur part.

Certaines et certains dentre vous sinquitent du devenir de conventions collectives ou de statuts, dont les dispositions protectrices sont lies lexercice des mtiers, dans des filires professionnelles spcifiques. La question sous-jacente est : ny a-t-il pas un risque dabsorption des conventions et statuts actuels, dans de nouvelles rgles collectives qui nivleraient par le bas les droits existants ?
Ce nest pas le sens de notre projet, dans lequel les conventions collectives et les statuts ont vocation apporter le complment professionnel un socle consolid de droits, communs tous les salaris.
Lobjectif, cest que tout salari ait, du dbut la fin de sa carrire professionnelle, un droit continuit et progressivit de salaire, de carrire, de formation professionnelle continue, mme sil change dentreprise ou de branche, et quel quen soit le motif.
La scurit sociale professionnelle vise, elle, protger les salari-es des alas des suppressions demplois et des ruptures professionnelles entre deux emplois, par le maintien du contrat de travail et du salaire, jusqu ce quun reclassement soit effectif. Cela concerne tous les salari-e-s, y compris celles et ceux qui sont en contrat temporaire, prcaire, temps partiel et les contrats aids.
En raison de la situation actuelle de lemploi, cest notre revendication la plus connue et la plus urgente mettre en place.
Elle est une rponse la Cour des comptes qui vient de baliser le terrain pour le MEDEF dans son dernier rapport annuel. En vue de la prochaine ngociation sur l’assurance chmage, celle-ci montre du doigt le rgime des intermittents du spectacle, suggre de plafonner lindemnisation des cadres ou, nouveau, de capter en faveur des politiques de lemploi, l’argent des cotisations destines la formation professionnelle des salaris. Le cadre de tout cela se situant cotisations constantes.
Cest donc le moment de mettre sur la table notre projet de scurit sociale professionnelle, et de travailler des propositions concrtes, pour peser tout de suite sur le sens des ngociations.

Scurit sociale professionnelle, protection sociale, retraite et dmocratie sociale sont des lments constitutifs dun nouveau statut du travail salari.
La bataille pour une protection sociale de haut niveau est une dimension essentielle de nos orientations revendicatives. Les transformations que connat la socit, rendent plus que jamais ncessaire une Scurit sociale qui assure une scurit aux citoyens, de la naissance la mort.
Le droit la sant est pour nous un droit humain fondamental.
Nous plaidons pour une approche globale de la sant, couvrant lensemble des ges et des dimensions de la vie humaine.
En cohrence avec la place centrale du travail dans la construction des individus, nous uvrons une dmarche articulant le travail, la sant au travail et la sant publique. Nous proposons une rforme profonde du systme de sant, fonde sur une prise en charge globale du patient, le dveloppement de soins de proximit, et un service public de sant performant.
Cela implique une rupture avec les politiques menes depuis un certain nombre dannes, et notamment avec la matrise comptable des dpenses de sant. Il faut notamment donner lhpital public les moyens ncessaires laccomplissement de ses missions, ce qui implique de rompre avec les orientations de la loi Hpital, Patient, Sant et Territoires, et avec la tarification lactivit, la fameuse T2A.
Le droit la Scurit sociale, cest aussi le droit des prestations familiales permettant de faire face aux charges des familles. Nous refusons quelles soient sacrifies au nom de la ncessit dquilibrer les comptes sociaux.
Garantir une protection sociale solidaire de haut niveau, implique de doter la Scurit sociale des moyens financiers indispensables. Nous avons des propositions prcises et ralistes, reposant sur une logique de valorisation du travail : une modulation des cotisations patronales pour encourager le dveloppement de lemploi ; la mise contribution des revenus financiers ; la soumission cotisations sociales de lpargne salariale.
La Scurit sociale nest pas un cot, cest un investissement. Nous sommes disponibles pour un vrai dbat public sur le financement de la Scurit sociale, qui na jamais vritablement eu lieu jusqu prsent dans notre pays.

Lavenir de nos retraites fait une nouvelle fois la Une de lactualit. Le gouvernement, ainsi quil lavait annonc lors de la Confrence sociale de juillet dernier, va ds la fin de ce printemps ouvrir une concertation sur lavenir des retraites, pralable une nouvelle rforme.
Depuis 1987, toutes les rformes mises en uvre, et les diffrents accords ARRCO et AGIRC, ont conduit une dgradation des droits en cours dacquisition et une baisse relative des pensions. Notre systme par rpartition, qui lie le sort des actifs et des retraits, exige que toutes les gnrations y retrouvent leur compte. On ne peut imaginer que perdure un systme qui demanderait aux plus jeunes de contribuer toujours davantage, sans tre eux-mmes assurs de bnficier leur tour de droits dun bon niveau. La confiance des salaris dans la solidarit intergnrationelle est indispensable la prennit de notre systme de retraite. Il faut donc uvrer ce que le systme garantisse tous de bonnes conditions de retraite, quils soient arrivs au terme de leur vie professionnelle ou quils viennent dy entrer.
Cest cette porte dentre que nous devons promouvoir dans le cadre des dbats venir, alors mme que beaucoup semploient privilgier lapproche comptable.
Ils ne vont pas manquer dutiliser les derniers travaux du COR qui montrent que la rforme de 2010 na rien rgl, puisque les besoins de financements sont valus une vingtaine de milliards deuros en 2020.
Ces dficits, amplifis par la crise, trouvent leur origine dans le refus constant du patronat daugmenter les ressources des rgimes, cela depuis les annes 80. Et cest l le nud du problme, puisque le nombre de retraits ne cesse de crotre, du fait notamment de laugmentation de lesprance de vie, et plus conjoncturellement, du papy-boom.
A dfaut dune augmentation consquente des ressources, cest le niveau moyen des pensions qui serait appel baisser : entre 10 et 28 % selon le COR entre 2011 et 2060, plus encore dans lhypothse dune dgradation du rendement des rgimes ARRCO et AGIRC.
Nous allons devoir nous employer intervenir dans les semaines et mois venir, afin que le cadre du dbat soit bien le niveau des pensions. Il doit tre a minima de 75% du salaire dactivit, avec un ge douverture des droits ds 60 ans, voire infrieur pour celles et ceux qui ont t expos-es la pnibilit.
En faisant jouer plein sa rhtorique autour du prtendu cot du travail, le Medef va faire feu de tout bois pour convaincre de limpossibilit daugmenter les ressources. Lobligation, selon lui, dajuster les prestations, pourrait mme conduire la possibilit de les abaisser en valeur absolue dune anne sur lautre, comme cest le cas aujourdhui en Sude.
Le pouvoir politique, au motif de la rduction des dpenses publiques, de la baisse du dficit, et des gages donner aux marchs financiers et aux agences de notation, sera sur la mme longueur donde, et va probablement mettre en avant une nouvelle augmentation de la dure exige pour le taux plein. Il est question daller 45 ans pour la gnration 2000
Mme si la tche est rude, elle est tout--fait notre porte.
Nos propositions, tant sur les droits et garanties que sur les financements associs, nous permettent denvisager une bataille offensive. Ainsi, nous ne nous contentons pas daffirmer quil y a de largent pour financer la protection sociale, nous avanons des propositions prcises, comme par exemple la modulation des cotisations dites patronales . En matire de pilotage, de coordination et de solidarit, nous proposons une maison commune des rgimes de retraite, qui apparat bien comme une alternative crdible et progressiste ldification dun rgime unique, dans lequel les droits seraient nivels par le bas.
Notre cohrence revendicative est un second atout.
Cest un lment majeur dans la bataille venir, parce quon ne peut srieusement traiter de la question des retraites sans parler de lemploi, des salaires, des conditions de travail, des droits dintervention dans les entreprises, bref du travail dans toutes ses dimensions.
Comme chacun le sait, les positions des diffrentes organisations syndicales sont diverses et varies. Mais rien nest jamais jou davance, et nous pouvons faire que ces positions se rapprochent, en allant au devant des salaris, et en leur prsentant nos analyses et propositions.
Plus les salaris se les approprieront, plus nous serons en mesure de construire lunit syndicale, indispensable pour la reconqute de droits rpondant aux besoins des retraits actuels et futurs.

La dmocratie sociale, de nouveaux droits pour le syndicalisme
Construire un nouveau contrat social comme nous le voulons, ncessite de poser la question de lexercice de la dmocratie sociale et du lien avec la dmocratie politique. La dmocratie sociale est celle qui permet aux salaris et leurs reprsentants dintervenir dans les choix sociaux qui concernent le monde du travail. La dmocratie politique est celle qui confre aux lus de la nation, la mission de faire la loi qui simpose tous, et dont la cohrence donne un sens la socit.
Le gouvernement actuel propose de faire entrer le principe de dmocratie sociale dans la Constitution. Le MEDEF mne campagne de son ct, en faveur dun dialogue social facteur de performance de lentreprise, encadr par lentreprise, et adapt sa ralit. La question des objectifs est donc pose !
Le processus initi par la loi Larcher de 2007 prvoit que chaque projet de loi concernant les rgles gnrales du travail soit obligatoirement prcd d’une concertation avec les partenaires sociaux. La construction en cours de la loi dite de scurisation de lemploi la dmontr, une grande hypocrisie rgne dans ce processus. Le Ministre du Travail intervient en arrire-plan dans la ngociation et demande ensuite aux parlementaires la transposition fidle dun accord minoritaire, au nom du respect des partenaires sociaux  !

En premier lieu, la CGT revendique quon aille jusquau bout de la dmarche initie par la loi du 20 aot 2008 sur la reprsentativit syndicale : pour tre applicable aux salaris, toute convention ngocie doit reposer sur un accord majoritaire, en audience syndicale.
Deuximement, pour clarifier le processus et placer, en toute transparence, chaque acteur devant ses responsabilits, la CGT propose que la phase de ngociation patronat-syndicats devienne une consultation tripartite, impliquant le gouvernement auteur dun projet de loi. Sil sagit dune proposition de loi, la concertation devrait tre mene avec la reprsentation des parlementaires qui en ont linitiative.

Dmocratie sociale et dmocratie politique se ctoient et sarticulent, elles sont toutes deux sensibles au rapport de forces.
Le travail et le droit du travail sont des lments structurant de notre socit. Et cest prcisment parce que les droits des travailleurs sont malmens et sans cesse remis en cause que la crise peut se dvelopper. Il revient donc aux lus de la Nation de lgifrer afin de dterminer le socle commun de notre vivre ensemble et de ses mcanismes. Ainsi, les accords, les contrats, les conventions collectives, qui sont le primtre de la dmocratie sociale, ne peuvent en aucun cas tre drogatoires la loi. Ils ne peuvent que lamliorer ou ajouter certaines clauses plus favorables particulires certains mtiers, certaines situations. Cest ce quon appelle la hirarchie des normes et le principe de faveur, qui sont aujourdhui ouvertement combattus par le patronat, et les tenants du libralisme capitaliste. Hirarchie des normes et principe de faveur doivent tre dfendus et reconquis, en tant que principes modernes du droit social et de lconomie.

Lexercice de la dmocratie sociale implique des droits et des moyens pour les salaris et leurs organisations syndicales.
La plupart des grandes entreprises ont mis en place une stratgie, bien trop similaire pour ne pas tre concerte, de centralisation extrme des institutions reprsentatives du personnel, pour les loigner des salaris et rduire les heures de dlgation syndicale. Face cela, nous proposons la conqute dun vritable droit syndical la proximit avec les salaris, et des moyens syndicaux ncessaires cette proximit. Le rle des instances reprsentatives du personnel doit tre respect et tendu, avec notamment lexistence dun droit de veto pour les CE en cas de restructuration de lentreprise et de licenciements.
Paralllement, il faut poursuivre le combat que nous avons commenc pour que tous les salaris, y compris ceux des trs petites entreprises, puissent bnficier dinstances de reprsentation collective, travers lesquelles de nouveaux droits conomiques et sociaux leur seront ouverts.
Lutilit sociale du syndicalisme confdr se manifeste de nombreux niveaux dans la ngociation collective des normes sociales : dans les branches, dans les territoires, au niveau national interprofessionnel, dans les multiples instances publiques de concertation et aussi dans laccueil direct des salaris en difficults avec leur employeur. Exercer ces missions dutilit publique, implique de disposer de moyens et de droits syndicaux interprofessionnels et pas seulement attachs lentreprise. Nous mettons donc en dbat linstauration lgale dun volume de droit syndical interprofessionnel. Il serait mutualis au niveau de lensemble des entreprises et administrations et financ par une cotisation des employeurs.
Enfin, le respect de la dmocratie sociale ne peut se faire sans respect absolu de la libert syndicale et du droit syndical lentreprise, comme dans les territoires.
La rpression antisyndicale est une ralit insupportable dans notre pays.
Il ne suffit pas que le Code du travail prvoie lindemnisation des syndiqus discrimins ou licencis. Les employeurs fauteurs dactes de discrimination antisyndicale doivent tre passibles de sanctions pnales. La dlinquance antisyndicale ne doit pas rester impunie !
la remise en cause des liberts et du droit syndical, nous y sommes confronts aussi au niveau des territoires. Par exemple, depuis plusieurs annes, les Maires de Chteauroux et de Chartres, ont lanc des actions juridiques visant expulser les unions dpartementales et locales des locaux quelles occupent. Cest aussi Christian ESTROSI, Maire de Nice et Vice-Prsident de lUMP, qui entend expulser les syndicats dpartementaux et locaux de leur immeuble.
Les interventions de la CGT auprs du gouvernement actuel ont conduit la mise en place dune mission de lIGAS sur la question de lhbergement par les collectivits des antennes territoriales des confdrations syndicales. La CGT en attend linstauration dun vritable droit lhbergement scuris des organisations territoriales confdres.

Restons sur les territoires :
Les territoires et laction publique
A loppos dune vision abstraite du travail, porte par le patronat et le monde de la finance, le travail et la vie des salaris et des retraits sont ancrs dans des territoires. Aujourdhui, la mise en concurrence des territoires, prend le pas sur une logique damnagement et de dveloppement durable, fonde sur lintrt gnral et la satisfaction des besoins sociaux.
Cette culture de la comptition, cette spcialisation des territoires, correspondent aussi aux nouvelles formes dorganisation de la production en France, en Europe et dans le monde.
Le temps nest surtout pas la rsignation ! Ce modle dorganisation conomique porte en germe son dclin, avec lloignement des centres de productions, la progression anarchique des villes et la dsorganisation des transports collectifs.
Le dficit dmocratique dans lequel slabore ce schma dorganisation conomique et sociale est loppos des exigences exprimes par nos concitoyens et le monde du travail.
La CGT entend sapproprier ces questions pour imaginer un autre dveloppement, au service du progrs social.
Cela ncessite ambition et pragmatisme ! Cela ncessite surtout de prendre bras-le-corps, au plus prs du terrain, une dmarche de diagnostic, de partage dinformations, dlaboration de propositions, dinvestissement dans le dialogue social, et ceci avec toutes nos organisations, quelles soient professionnelles ou territoriales.
Le travail autour de projets communs, tant revendicatifs que concernant la vie syndicale, est maintenant indispensable.
Cest dj une ralit dans un certain nombre dendroits o les organisations de la CGT ont construit des projets industriels partir des besoins, des savoir-faire, des capacits de formation et des patrimoines industriels ou de recherche existants. Cest le cas par exemple du projet HydrAlu en Savoie, o les diffrentes organisations de la CGT ont construit un projet de redploiement de lactivit de lusine de fonderie daluminium de Rio Tinto et du laboratoire de recherche fondamentale, connect la construction de nouveaux moyens de production dlectricit partir dnergie hydraulique.

Si la CGT appelle au changement, cest dabord parce quelle croit rsolument laction publique. Notre histoire sociale, ou tout au moins ses pisodes les plus progressistes, sest construite partir de cette recherche permanente didentification de lintrt gnral et des moyens de satisfaire les besoins sociaux.
Oui, le Service Public structure le dveloppement conomique et social ;
Oui, lindustrie comme la culture doivent faire lobjet dune vritable ambition publique ;
Oui, les politiques publiques dterminent le mode de dveloppement, et travers lui la rpartition des richesses.
Oui, lEtat comme les collectivits locales peuvent agir, au niveau national et territorial : administration, services publics, fonction publique, recherche publique sont les outils au service de cette action publique . Le statut de la fonction publique permet de scuriser le cadre dintervention des agents publics :agir pour le compte de lEtat, dune collectivit, ou dune entreprise publique ncessite une indpendance et une autonomie, et donc un statut !
La CGT entend rhabiliter le Service Public ! Elle poursuivra sa campagne politique industrielle et simultanment sa campagne services publics, tous gagnants et la dclinera au plus prs des territoires, en croisant avec les filires professionnelles. Parce que ces campagnes sont centres sur la recherche dun dveloppement humain durable, elles sont des points dappuis indispensables pour sortir de la crise, y compris au niveau europen.

Cela mamne voquer le projet de loi portant lActe III de la dcentralisation.
De rvision gnrale des politiques publiques en rforme des collectivits territoriales, le processus de rforme de lEtat est devenu un dogme au service de la doctrine budgtaire !
La Modernisation de lAction Publique, la MAP, constitue le nouvel avatar de cette pense combien unique, pouvant se rsumer ce slogan Faire toujours plus avec toujours moins  ! Aux mmes motifs, les mmes punitions : hier la CGT condamnait la RGPP, aujourdhui elle dnonce la MAP !
LActe III de la dcentralisation est revendiqu par la Ministre, Madame LEBRANCHU, comme la premire phase de la modernisation de laction publique.
La CGT porte un regard trs critique sur le projet de loi.
Sur la forme, car la consultation qui a prcd lcriture du projet sest concentre essentiellement sur le monde des lus, dlaissant les acteurs que sont les organisations syndicales.
Sur le fond, car le projet consacre une vision litiste de lorganisation territoriale : les processus de rgionalisation et mtropolisation, chacun leur manire, correspondent une recherche de spcialisation et mise en concurrence des territoires : la mtropolisation concentre les moyens pour lexcellence, la rgionalisation pouvant, elle, dboucher sur une dmarche rgionaliste, cest--dire remettant en cause lgalit territoriale.
La dcentralisation peut tre un outil au service de lintrt gnral, mais cela ncessite quatre conditions :

  • Quelle serve un projet conomique et social ambitieux,
  • Quelle vise et sappuie sur une conception renforce de la dmocratie,
  • Quelle assure un dveloppement quilibr des territoires,
  • Quelle repose sur une rforme des financements associant prquation, dotations budgtaires de haut niveau, fiscalit, et ple financier public. Le projet de loi en cours dlaboration doit dabord servir un grand projet de dveloppement conomique et social. A dfaut, il accrditerait lide que lEtat ne rflchit plus laction publique quen termes comptables, sans autre dessein.

Ce n’est pas de moins d’Etat dont nous avons besoin, mais au contraire d’un Etat stratge, avec des moyens daction. Cest aussi lavis du Conseil Economique, social et Environnemental.
Comme la dit lconomiste Robert Salais hier lors de notre forum international, partout o le politique organise, consciemment ou non, le recul de lEtat, cest le march qui dcide.
Cette question du rle, des moyens et capacits daction de lEtat, est aussi pose pour permettre une reconqute industrielle. En lespace de cinq ans, 347 000 emplois manufacturiers ont t dtruits. Les restructurations, les fermetures de sites, les dlocalisations, la diminution des capacits de production marquent lactualit.
Au cours du second semestre 2012, les annonces de suppressions demploi se sont succd. C’est le diktat d’Arcelor Mittal sur le site de Florange, le gigantesque plan de 11 000 suppressions d’emplois de PSA et de fermeture du site d’Aulnay, c’est celui de 8 000 suppressions d’emplois de Renault, de 1 000 chez Sanofi, de Virgin, les 1 500 d’Acatel-Lucent, de Doux, de la Banque de France, de France Tlvision, de Goodyear, les Pilpa, les Fralib et de tous les autres. En cascade, dans nos dpartements, il y a une multitude de suppressions d’emplois dans les petites entreprises. Aucune catgorie de salaris nest pargne, mais cest la population ouvrire qui est la plus svrement touche. C’est la production de richesses qui diminue, une perte de vitalit pour notre pays, un affaiblissement considrable.
Le patronat utilise le climat cr par ces annonces successives pour exercer une pression directe sur les salaris dans tous les secteurs dactivit, et obtenir tout prix leur accord pour une plus grande flexibilit, des gels de salaires, une augmentation de la dure du travail. La mise en concurrence se joue chelle mondiale, mais se manifeste parfois aussi trs localement, par exemple, entre Amiens nord et Amiens sud, Goodyear et Dunlop, pour aggraver les conditions d’exploitation et peser sur la rsistance des salaris.
Malgr cette apparente toute puissance du patronat sur le sort des salaris, malgr les efforts de division du monde syndical, il existe des signes de confiance et dexpressions de convergence dans le salariat et la population.
Cest le formidable lan de solidarit financire envers les salaris de PSA, qui va bien au-del de la CGT et des salaris de lusine, et qui a dgonfl dun coup la campagne mdiatique scandaleuse, destine renvoyer la violence dans le camp des salaris.
Cest aussi une conscience grandissante de la convergence dintrt des salaris. Un rcent sondage de lIFOP montre que la lutte des classes est une ralit bien vivante et que les franais ont toujours le sentiment dappartenir une classe sociale.

Le MEDEF est la manuvre pour discrditer la CGT et ses militants, pour disqualifier lexpertise des salaris la recherche de solutions industrielles qui privilgient lemploi qualifi, et la prennit de la production.
Lexemple de Goodyear est significatif de cette campagne.
Mais quand linsulte, le mensonge et le mpris tiennent lieu dargument au PDG de Titan, ce nest pas lui qui ne veut pas de nous, cest nous qui ne voulons pas de lui !
Ce dont souffrent aujourdhui lindustrie et les entreprises, ce nest pas du cot du travail, mais de la drive financire de lconomie. Pour sortir de cette spirale, une des conditions est que les salaris disposent de droits dintervention dans la stratgie des entreprises. Il est insupportable que les reprsentants des salaris, doivent se contenter de donner un avis sur les reclassements ou le niveau des indemnits de licenciement, quand les actionnaires ont envoy lentreprise dans le mur. Etre contraint contester le projet patronal nous enferme en ralit dans laccompagnement. De multiples exemples montrent que lexpertise des salaris, leur attachement leur travail et aux savoir- faire de lentreprise, permettraient de maintenir et dvelopper la production. Cest le cas Gandrange o les syndicats dfendent la construction dune acirie lectrique. Cest le cas aussi Aulnay, o les camarades de PSA ont un plan B qui cote 119 millions deuros sur sept ans, quand la fermeture de lusine coterait 250 millions. Les reprsentants des salaris doivent avoir la possibilit de proposer des alternatives, au mme titre que les dirigeants de lentreprise. Avec un droit suspensif, les salaris pourraient proposer leur projet, au moment o la direction prsente son choix. La proposition du gouvernement dintgrer des salaris dans les conseils dadministration va dans ce sens, mais est insuffisante si elle nest pas assortie de droits supplmentaires. Les banques doivent galement se dtourner de la spculation et retrouver leur fonction premire de financement des investissements et du crdit.
Nous ne saurions oublier dans ce contexte, l’importance particulire que revt le dbat sur la transition nergtique. Au terme du dbat, un projet de loi doit tre dpos au cours du second semestre 2013. C’est une partie de notre bataille pour l’industrie qui se joue l. Les enjeux sont considrables : la rponse aux besoins chelle mondiale, le prix de lnergie, le mix nergtique, la matrise publique, l’environnement, le dveloppement rgional. Nous savons o veulent nous emmener un certain nombre d’acteurs, de groupes de pression, de lobbys : il faudrait augmenter lourdement le prix de l’nergie, continuer la drglementation, sengager dans la dcroissance. Toutes ces orientations conduisent des impasses.

Pour rpondre aux besoins humains en conjuguant respect de lenvironnement et dmocratie, la CGT porte trs haut sa proposition d’un ple public de l’nergie.

Disposer de moyens daction publique, cest aussi agir sur la fiscalit.
Nous raffirmons le caractre redistributif de limpt : ceux qui ont des moyens financiers suffisants, sont appels contribuer davantage au financement des dpenses publiques qui profitent tous.
Cette ide justifie un systme dimposition progressif o la contribution des individus augmente plus que proportionnellement leurs moyens financiers.
Cette mme logique justifie que lon privilgie limpt direct, car limpt indirect, linstar de la TVA, ne tient pas compte des capacits contributives des gens et est donc socialement injuste.
Mais au-del de sa dimension redistibutive, limpt doit aussi servir dinstrument de promotion de lactivit conomique.
Le systme fiscal franais souffre de plusieurs dfauts majeurs qui ne permettent pas datteindre ces deux objectifs.
Mme sil introduit quelques lments positifs, le budget 2013 ne met pas fin ces difficults parce quil est imprgn par le Trait europen sur la stabilit, la coordination et la gouvernance.
En particulier, la taxation du capital hauteur du travail, promise par Franois HOLLANDE pendant la campagne prsidentielle, fait long feu. Ainsi, les bnfices tirs de la vente des actions et dautres actifs financiers, qui devaient tre taxs au titre de l’impt sur le revenu au taux progressif, continueront bnficier du prlvement forfaitaire obligatoire 19%.
Concernant les niches fiscales, certaines dentre elles sont revues la baisse, mais on est loin du grand nettoyage attendu. En revanche, de nouveaux cadeaux sont envisags, linstar du Crdit dimpt pour la comptitivit et lemploi, qumand par Laurence PARISOT, et qui cotera terme 20 milliards deuros par an. Cest la patronne du MEDEF qui nous parle damour, mais qui dispose dune carte bancaire la place du cur !
Ces observations sont lorigine de la revendication de la CGT, dune rforme en profondeur de notre systme fiscal pour rpondre simultanment plusieurs objectifs : amliorer la justice sociale ; inciter les entreprises accrotre linvestissement dans la formation des salaris, dans la recherche et dans le dveloppement des moyens de production ; prserver lenvironnement ; lutter contre la spculation et les paradis fiscaux.
Une telle rforme ncessite des coordinations au niveau europen, pour mettre fin la concurrence fiscale et la course aux moins-disant dans lespace europen.
Mes chers camarades, je viens de brosser le paysage de notre champ dintervention syndicale, venons- en maintenant ce que nous avons faire :

Nos dfis
Nous le savons, pour construire un mouvement social durable qui permette de rorienter lconomie en faveur des besoins humains, de la reconnaissance du travail et des droits des salaris, nous avons plusieurs dfis relever.
Le paysage syndical franais est en pleine volution, bouscul par la crise et les nouvelles rgles de reprsentativit. Dsormais, les lections professionnelles dterminent la reprsentativit et laudience des syndicats tous les niveaux : entreprises, branches, et au plan interprofessionnel. Ainsi, pour la premire fois, les salaris dtiennent les cls de la reprsentativit syndicale, et donc aussi de leur possibilit dintervention. Ces modalits nouvelles encouragent la dynamique de syndicalisation, la capacit dagir des salaris et lexercice de la dmocratie sur les lieux de travail.
Le premier des dfis relever est celui de la syndicalisation. Je lai dit, nous sommes dans une situation encourageante avec une progression continue du nombre dadhrents la CGT depuis cinq ans. A ce jour, nous clturons lanne 2011 692 390 FNI. Mais cette progression cache de fortes disparits dimplantations territoriales, et de prise en compte de toutes les catgories de salaris, de privs demplois et de retraits. Le nombre dadhrents en activit reprsente 2,6% des 22 millions de salaris, et les adhrents de lUCR reprsentent 0,9% des 13 millions de retraits. Le pourcentage des chmeuses et chmeurs syndiqus est infime.
En 2012, 45% des nouveaux adhrents sont des femmes, 18% sont gs de moins de 30 ans, 20 % travaillent dans des entreprises de moins de cinquante salaris. Ce nouveau visage de la CGT, nous oblige aussi faire voluer nos mthodes de fonctionnement, pour favoriser lexercice des responsabilits de toutes et tous, tous les niveaux. Les femmes expriment, dans le travail et dans le syndicalisme, des aspirations qui ouvrent vers plus duniversalit. Cest un facteur dvolution indispensable de nos pratiques et de nos modes de pense actuels.
Lvolution dmographique portera la population des retraits environ un tiers de la population totale aux environs de 2020. Sous cet angle, la syndicalisation des actuels et futurs retraits est un enjeu pour la CGT.
Les rcents rsultats aux lections professionnelles comme par exemple la SNCF, France Tlcom, dans les chambres dagriculture ou dans les TPE, montrent une confiance des salaris vis--vis de la CGT. Plus de 60% des jeunes entre 18 et 34 ans ont une bonne opinion de la CGT, selon le sondage IFOP de la semaine dernire. Mais, sils la jugent utile pour dfendre leurs intrts, cela ne les conduit pas ncessairement faire le pas de lengagement.
Pour franchir une nouvelle tape de syndicalisation, il est indispensable didentifier nos difficults, de dterminer les blocages qui perdurent dans notre organisation et dacclrer nos transformations.
Nous avons lambition dtre la CGT de toutes et de tous. Depuis 30 ans, les mutations conomiques et technologiques, la mondialisation capitaliste, la mise en concurrence des salaris ont boulevers et clat le salariat de notre pays. Le dveloppement du chmage de masse et de la prcarit, la dsindustrialisation des territoires et les externalisations massives dactivit, sont une des facettes de ces mutations, mais pas la seule.
Les services se sont dvelopps, engendrant de nouveaux modes dorganisation du travail, les services la personne emploient deux millions de salaris dont 90% sont des femmes, travaillant le plus souvent de faon isole et temps partiel, et sur des lieux clats. Laugmentation du travail intellectuel et llvation gnrale des qualifications font natre de nouvelles aspirations. La part des diplms de lenseignement suprieur augmente. Les jeunes dveloppent un rapport au travail, lentreprise et lengagement social, diffrent de leurs ains. Les retraits, dont les proccupations sont ancres dans des bassins de vie et plus dans lentreprise, ont des revendications diversifies.
Mener une politique ambitieuse de syndicalisation, cest savoir compter avec ces ralits nouvelles, cette diversit du salariat, rendre notre organisation ouverte, accessible, transparente, vivante, adaptable. Mais cest aussi tre en capacit daccueillir les nouvelles adhrentes et nouveaux adhrents, dans un syndicat qui fonctionne et o ils trouveront leur place. Cest leur montrer que lon a besoin delles et deux dans la CGT en leur confiant des responsabilits. Cest faire de la dmocratie et du travail collectif le moteur de notre organisation.

Mais pour pouvoir tre la CGT de toutes et de tous les salaris, privs demploi et retraits, encore faut-il quils puissent rencontrer la CGT !
Nous avons un problme quil nous faut regarder en face : la grande majorit de nos bases syndicales se situe sur un primtre dentreprises qui emploient une minorit de salaris. Les primtres de nos syndicats ne suivent pas lvolution de la cartographie du salariat. Sur les 2 800 salaris qui ont adhr en ligne sur le site internet de la CGT, 1 000 nont toujours pas trouv de base syndicale de proximit !
Adapter notre organisation, faire dialoguer nos structures et donner une ralit concrte notre choix dtre confdrs est notre deuxime dfi.
La prdominance des objectifs financiers dans la stratgie des entreprises conduit les directions des groupes organiser une flexibilit permanente des organisations, faire de la sous-traitance un mode dorganisation du travail.
Des salaris de diffrentes nationalits, entreprises, ayant des droits et des conventions de travail diffrentes, se ctoient sur des projets et des sites communs. Cest vrai dans lindustrie mais galement dans le commerce ou les services. Dans la fonction publique aussi, les frontires ont boug avec les rformes territoriales, le recours aux vacataires et aux CDD.
Lvolution du travail vers des rythmes et des formes dorganisation atypiques nous oblige repenser nos organisations, pour quelles assurent une prennit et une stabilit syndicale de proximit, pour quelles permettent de recrer des espaces de libert collectifs, de partage et de dialogue des salaris entre eux.
Ces volutions bousculent les primtres historiques des organisations de la CGT, encore trs majoritairement arrimes aux conventions collectives et aux instances reprsentatives du personnel des grandes entreprises. Nous avions dj identifi cette problmatique lors de notre 49me Congrs, ainsi que lmergence du fait rgional et territorial. Les territoires sont la fois lieux de vie et lieux de travail. Nous avons donc besoin de dcloisonner nos organisations professionnelles et territoriales pour faire vivre la solidarit, partager les expriences et sentraider, dans et hors de lentreprise.
Pour franchir une nouvelle tape de syndicalisation, il sagit dtre prsent l o les salaris se trouvent : dans les PME et PMI, dans les fortes concentrations dingnieurs, cadres et techniciens, majoritairement regroupes dans les grandes agglomrations, dans le commerce et les services.
Des nouvelles formes dorganisation syndicale se dveloppent : cest le cas par exemple du syndicat de site sur le chantier de lEPR Flamanville, de lunion syndicale des chantiers navals Saint Nazaire, ou du syndicat de site du centre commercial de Lyon Part-Dieu. Ces nouvelles formes de structuration syndicale conduisent ouvrir et faire vivre de nouveaux droits interprofessionnels : des CHSCT de site, des comits interentreprises, des locaux syndicaux interprofessionnels, des comits de suivi entre donneurs dordres et organisations syndicales. Ces droits doivent maintenant tre tendus, pour doter partout les reprsentants syndicaux de site de rels pouvoirs dintervention, et de moyens syndicaux au niveau interprofessionnel.

Il nexiste pas de modle applicable toutes les situations mais une dmarche : c’est--dire tablir des priorits, des cibles, croiser en permanence professions et territoires pour exprimenter en fonction des ralits vcues par les salaris, leurs conditions de vie et demploi, nous appuyer sur les avis et les besoins des syndiqus.
L aussi, il nous faut passer la vitesse suprieure. Cest lobjet de la Rsolution 3 du Document dorientation.
Enfin, et je sais que cette question fait dbat dans la CGT aujourdhui, nous devons affronter la question de lunit daction des salaris et du syndicalisme rassembl. Laffronter entre nous, avec les syndiqus et plus largement avec les salaris. Cette question ne concerne pas seulement les organisations de la CGT, elle est galement pose lensemble du syndicalisme de notre pays.
La CGT est ne de la prise de conscience que face aux employeurs, pour tre plus forts, tous les salaris, au-del de leurs diffrences, devaient tre organiss dans un seul syndicat.
La division du syndicalisme dans notre pays fait partie intgrante de notre histoire sociale. Cest un frein pour la conqute de droits nouveaux et de transformation sociale. Comme nous la appris Bernard Thibault, quand les syndicalistes narrivent plus se serrer la main, cest les patrons qui se frottent les leur !
Toutes les grandes priodes de conqutes sociales ont t marques par lintervention massive des salaris et par lunit de leurs syndicats. Cest la construction de ce mouvement, qui nest pas pour linstant la hauteur des enjeux, que nous devons donc uvrer.
La division du mouvement syndical franais apparat dautant plus anachronique que le syndicalisme europen a fait la dmonstration de ses capacits converger, ce qui a permis de mettre en perspective une Europe sociale.
En France, nous ne sommes pas condamns la division syndicale. Dailleurs, la dernire priode montre que les lignes peuvent bouger. Lunit avec FO paraissait inaccessible il y a 6 mois. Dans le cadre de la ngociation sur la qualit de vie au travail et lgalit professionnelle entre les femmes et les hommes, les cinq organisations syndicales ont travaill une plateforme revendicative commune.
Les conditions de la ngociation AGIRC-ARRCO qui viennent de se terminer tmoignent davances possibles avec les autres organisations syndicales, face aux positions du MEDEF : alors que Laurence PARISOT avait durcit le ton, en excluant toute augmentation des cotisations, le projet daccord soumis la signature se conclut par une augmentation des cotisations qui mme modeste, permet damliorer la situation financire des rgimes et les droits futurs des cotisants.
Il ny a pas donc pas de rupture avec la CFDT, comme il ny a pas de mariage avec FO.
La recherche de lunit syndicale est une constante de la CGT, car elle est source defficacit pour rassembler le plus largement possible. Dailleurs les salaris le savent, car lunit syndicale est toujours un catalyseur de leur mise en mouvement et de leur participation aux luttes sociales.
Bien souvent, ils ne comprennent pas que le syndicalisme puisse tre divis sur des enjeux importants pour le monde du travail et en renvoient la responsabilit aux syndicats eux-mmes, y compris la CGT.
Etre totalement transparents vis--vis des salaris, expliciter les sujets de dsaccords entre organisations syndicales, faire connatre nos propositions, encourager la confrontation des ides comme un mode normal de relations entre organisations syndicales, cest cette dmarche que nous proposons. Nest-ce pas en oprant de la sorte que nous pourrons enclencher un mcanisme de rassemblement du syndicalisme dont les salaris seraient comptables ?
Reconnaissons ensemble que les dossiers sociaux qui nous attendent, ouverts par la Confrence sociale de juillet 2012, nous obligent poursuivre la rflexion, pour dpasser nos difficults apprhender nos divergences avec les autres syndicats. La future direction confdrale devra sy engager.
Mes chers camarades, nous avons aussi un dfi relever trs court terme, cest celui de la prennit de notre NVO et de ses publications. Vous le savez, le CCN a dcid de lancer, en sappuyant sur les syndicats, une souscription durgence en direction des syndiqus raison dun euro par syndiqu, car cest le niveau quil nous faut viser pour sortir la NVO de ses difficults financires. A ce jour, 30 500 euros ont t verss la souscription. Cest donc le moment dagir.

Voil, Cher-e-s camarades, les lments dapprciation et danalyse que je voulais vous livrer en prambule nos dbats.
Partout en France, en Europe et dans le monde, nous avons besoin dun nouveau modle de dveloppement social, conomique, humain, cologique.
Un immense chantier nous est ouvert pour laborer avec les salari-e-s de tout statut demploi, de toute entreprise, de toute gnration, les propositions de conqute de la CGT. Votre responsabilit est de dfinir, travers nos orientations, le chemin que nous allons prendre ensemble.
A l’occasion du 100me Anniversaire de la CGT, l’crivain Jean-Pierre Chabrol disait : "Avec la CGT, la vie aurait pu tre meilleure, sans la CGT elle aurait t pire".
Oui, avec la CGT, on peut changer les choses ! Notre syndicalisme est porteur despoir ! Oui, cest la force collective qui nous pousse, cest notre syndicalisme qui libre ! Le monde comme lavenir sont ouverts. Ensemble, oui, tous ensemble, nous pouvons transformer le monde ! Faisons en sorte que les millions de salaris, retraits et privs demploi de notre pays semparent de la CGT pour changer leur vie !
Vive la CGT et vive notre 50me Congrs !

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