50e Congrès CGT – Toulouse 18-22 mars 2013

La tribune Publié le 12 mars 2013

Lindustrie la croise des chemins !

Contribution de Marie-Claire CAILLETAUD (FNME) et Bernard DEVERT (FTM)

Alors que les besoins sont immenses et que les capacits en intelligence et en moyens matriels sont importants, lindustrie en France, comme en Europe est en dclin. Lavenir de lactivit industrielle est concrtement pos sur le territoire franais .Un pays dsindustrialis est un pays qui se meurt. Les salaris sont ils condamns assister, impuissants, ce vritable naufrage social ?

Lindustrie nous file entre les doigts. De fermetures dusines en plan de licenciements, la plupart des filires industrielles sont fragilises, avec des menaces aggraves dans leurs capacits rpondre aux multiples besoins en termes de production et de recherche posant le problme crucial du transfert des savoirs et des comptences accumuls depuis plusieurs gnrations et de lavenir de notre pays.

Aucun secteur nest pargn, aucune catgorie de salaris. Mme les centres de recherche sont sacrifis. Parmi les quatre grands pays de la zone euro, cest la France qui sest le plus dsindustrialise avec une rosion de ses emplois industriels qui a chut entre 1980 et 2011 de 24% 13% des emplois. Pourtant, les salaris luttent pied pied, refusant ce qui est prsent comme une fatalit, une externalit invitable de la mondialisation.

Or, nous vivons une situation paradoxale. Dun cot, les grands groupes industriels affichent des rsultats financiers exorbitants. De lautre, lindustrie franaise accumule les difficults, la production chute de prs de 10 % depuis 2007, la destruction demplois et de comptences importante est alarmante, le niveau dinvestissement est en recul permanent, la recherche saffaiblit dangereusement, les PME sont asphyxies par les grands groupes, et les formations initiales et continues sont insuffisantes et inadaptes..

La CGT mne depuis une dizaine dannes la bataille de lindustrie. Cela a permis de faire tomber le mythe de la socit post-industrielle, mme si encore rcemment ce leurre tait prsent comme un avenir. Pour certains, le futur de notre pays se jouerait dans les services la personne, le commerce et le tourisme. Pour dautres cest dimposer une rupture pour une industrie verte base sur une logique de dcroissance de lactivit conomique et du niveau de vie. Ou encore le salut serait dans le choix de secteurs dactivits hautes valeurs ajoutes, dlaissant les capacits de production vers dautres pays bas niveaux sociaux.

La crise a mis en vidence quun pays qui perd son industrie est un pays qui na plus les moyens de relancer lconomie et de dvelopper lemploi. Les activits industrielles, en lien avec les services, participent la chane globale de cration de valeur. Rechercher de nouvelles techniques, de nouveaux procds, inventer de nouveaux matriaux et objets, innover dans les produits, transformer lappareil productif pour ladapter aux besoins sociaux et aux contraintes environnementales, produire autrement, avec une plus grande efficacit sociale, voil tout lenjeu port par lindustrie. Il faut des laboratoires de recherche en amont, en lien troit avec les lieux de production.

Cest bien parce quon dispose dune chane complte que lon peut dvelopper les multiples comptences pluridisciplinaires ncessaires. Cest bien grce cela que lon peut former et prparer de manire ouverte et large les millions de jeunes qui arriveront dans la vie active, afin de leur permettre une lvation globale des connaissances qui leur offrira lopportunit, non seulement de sorienter vers des filires quils auront choisies, mais galement, et ce nest pas la moindre des choses, leur donnera toutes les capacits dvelopper leur propre pense et analyse critique et jouer pleinement leur rle de citoyen, comme acteur entier de la cit laquelle ils participent.

Bien videmment, il nest pas question dautarcie et un pays comme la France ne peut avoir lambition de tout produire par lui-mme, il doit nanmoins matriser les filires principales dont il a besoin. Et entamer des cooprations au niveau de la plaque europenne.

Pour cela, on ne peut laisser le march faire sa loi, mais lintervention politique, de ltat, ne peut se limiter soutenir les stratgies des grandes entreprises, par des aides comme le crdit impt recherche ou les exonrations de cotisations sociales, ou subventions multiples qui ne constituent le plus souvent que des effets daubaine pour les entreprises et dont lefficacit reste dmontrer.

La question de lintervention publique directe pour peser sur les stratgies des entreprises se pose plus fortement aujourdhui. La prise de participation dans le capital des entreprises associe une vritable dmocratie sociale sur les choix de gestion peut tre un levier pour mener une politique industrielle innovante et utile lintrt gnral.

Cela ncessite de faire de la question du travail lenjeu principal du dveloppement des entreprises, ce qui va lencontre du dogmatisme patronal et malheureusement du gouvernement, qui considre que le travail est un cout . Cette approche empche le dveloppement des qualifications, dvalorisant les mtiers scientifiques dans les domaines de la recherche, de lingnierie, de la production, avec un recul sans prcdent par rapport aux notions de progrs scientifique et technique, allis du progrs social. Il est vrai que le dtournement et lutilisation des dcouvertes scientifiques orientes pour le seul bnfice des dividendes des actionnaires des grands groupes qui se partagent la plante ont largement contribu semer le doute.
Sortir de la crise, promouvoir un dveloppement humain durable, progresser dans la connaissance et le bien vivre, tout cela ncessite que lEtat joue son rle et dfinisse des stratgies industrielles long terme. Ces stratgies doivent sappuyer sur des investissements qui permettent rellement que largent soit orient vers les investissements productifs et lintrt gnral et non pas la finance. Elles doivent tre impulses par un secteur de la recherche et du dveloppement dynamique, fort, motiv et cratif. Cest ainsi que les emplois de demain durables pourront tre construits. Et sappuyer sur une formation initiale de haut niveau et une formation continue compatibles avec les volutions des mtiers.

Cest un autre modle de dveloppement que portent les salaries et syndicats avec llaboration de propositions alternatives aux rgles librales et de concurrence. Lindustrie est porteuse de rponses nouvelles aux dfis du changement climatique avec la rduction des missions de co2, comme pour les conomies dnergie et des matires premires.

Par exemple revoir la mobilit pour permettre chacun de se dplacer, cela signifie plus de transports collectifs et mieux adapts. Cela implique dacclrer la recherche sur les prochaines gnrations de batterie pour les vhicules individuels et de moderniser la filire automobile en adaptant la production aux besoins. Le travail doit tre accentu sur la normalisation et les systmes dinformation en particulier pour permettre loptimisation technique dans les diffrents processus industriels.
Lhabitat va demander de nouvelles comptences, de nouveaux matriaux afin daccrotre lefficacit nergtique.

Le secteur de lnergie est aux portes de modernisations importantes : incorporer les nouvelles technologies permettant de sortir des nergies carbones au fur et mesure de leur maturit et de leur quilibre conomique, accrotre la sret des nouvelles gnrations de racteurs nuclaires.

Le recyclage des matriaux comme lacier demande de relancer les hauts fourneaux innovants.

Tous les nouveaux champs ouverts par la recherche sur les matriaux, les biotechnologies, la science du vivant, les systmes dinformation, les sciences humaines permettront dentamer une vritable rvolution industrielle et de dessiner le visage futur de notre pays de manire rsolument optimiste.

Loin du repli prn par les gostes ou les frileux, proposons partout la reprise en main de notre outil de travail, la rflexion collective et des droits nouveaux pour les salaris.

Nous savons que nous avons besoin de produire avec un appareil productif modernis et dmocratis pour affronter sereinement les enjeux sociaux et environnementaux du 21ime sicle. Commenons en jeter les bases en France et en Europe.
Gagner une nouvelle politique industrielle de dveloppement et de cration demplois, par une autre rpartition de richesses, passera par la mobilisation active des salaris.

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